Le dynamisme français salué et souvent copié

Depuis toujours, la France s’est taillé une place de choix dans le secteur des moteurs de recherche, non pas en termes de sites connus et reconnus, mais essentiellement en matière de technologie et d’innovations. Du coup, le petit monde hexagonal des moteurs vit au rythme des nominations et “transferts” d’ingénieurs et de compétences, à l’image des stars du football français exilées à l’étranger. L’été dernier, Louis Monnier, l’une des “grosses pointures” du secteur, et accessoirement fondateur d’AltaVista, rejoignait le géant Google. L’un des pères d’Exalead, François Bourdoncle, résistera-t-il aux sirènes étrangères depuis qu’il figure parmi les dix meilleurs ingénieurs de l’année en France ?

L’histoire des moteurs de recherche ne date pas d’hier. Elle débute plus précisément en 1995 avec l’arrivée de Lycos, Excite, Infoseek, AltaVista, mais surtout, en France, de Lokace et Ecila (palindrome d’Alice), qui sera le premier moteur français par soumission/indexation (développé par Loïc Dachary et Jérôme Le Béon sur la base de logiciels libres).

Le dynamisme français ne manque pas d’exemples. Ces innovations sont unanimement saluées, puis souvent copiées par la concurrence. Exalead, encore peu connu du grand public au vu des 80 % de parts de marché de Google, commence néanmoins à tirer son épingle du jeu. Avec notamment son approche intuitive et ses catégories associées affichées en colonne de gauche, ce moteur permet d’affiner rapidement et efficacement la recherche initiale. D’autres pistes, plus graphiques et plus sémantiques, ont vu le jour du côté d’Ujiko et de Kartoo. Sur ce dernier, on peut visualiser le contexte de sa recherche puis se rapprocher spatialement de son but par déplacement et clic de souris.

Dans des domaines moins grand public, des équipes françaises font référence. Digimind, une société grenobloise, commercialisait dès 1999 un nouveau type de métamoteur client appelé Strategic Finder, sorte de logiciel de veille concurrentielle et stratégique orienté entreprises. Celui-ci lançait ses recherches dans ce que les professionnels appellent le “Web invisible” à partir de plusieurs milliers de bases gratuites non référencées ni indexées par les moteurs classiques. La société, devenue depuis leader des plates-formes de veille en France avec Digimind Evolution, connaît un taux de réabonnement de près de 95 % auprès de la cinquantaine de ses clients grands comptes (dont EADS, Veolia, Roche, Proximus, Dassault, Alstom, France Télécom R&D, SCOR, Sanofi-Pasteur, etc.). Elle s’apprête à lancer en mars 2006 un nouveau métamoteur serveur de recherche en temps réel en ligne et par abonnement. Il permettra de se constituer un outil de recherche sur mesure qui, outre le fait d’utiliser les moteurs “classiques”, permettra d’ajouter ou de connecter très facilement ses propres moteurs spécialisés ou sectoriels. Ces derniers n’apparaissent pas dans les catalogues actuels des métamoteurs existants, alors qu’ils sont souvent très utilisés dans les entreprises. C’est, comme se plaît à le définir Olivier Scheffer, le directeur marketing de Digimind, une étape supplémentaire, ou encore “le métamoteur du Web profond”.

Etat des lieux

Moteurs de recherche à technologie française :

Voila (France, juillet 1998) www.voila.fr
Antidot (France, 1999) www.antidot.net
Exalead (France, septembre 2000) www.exalead.fr
Deepindex (France, printemps 2002) www.deepindex.net
Dir.com (France, 2002, appartient à Iliad/Free) www.dir.com
Misterbot (France, nouveau) www.misterbot.fr

Annuaires d’origine francophone (peu maintenus) :

Nomade (France, juillet 1996) www.nomade.fr
Voila (France, janvier 1997) guide.voila.fr
Lycos (France, octobre 1997, liè à Bertelsmann) www.lycos.fr
Aol (France, avril 2002, propriété de Lycos France) www.aol.fr

Annuaires francophones (actifs) :

Yahoo ! fr.dir.yahoo.com
Open Directory France http://www.dmoz.com

Meta moteurs français innovants / technologies dérivées :

Ariane6 (France, 1997) www.ariane6.com
Kartoo (France, avril 2001, index yahoo search) www.kartoo.com
Jevais.com (France, 2002) www.jevais.com
Mozbot (ex-reacteur.com, utilise google) (France, 2003) www.mozbot.fr
Ujiko (France, mars 2004, issu de Kartoo) www.ujiko.com
Eo (France, nouveau) www.eo.st

Méta moteurs francophones d’origine européenne :

Seekport (Allemagne, mars 2004) www.seekport.fr
Mirago (uk, 2000) www.mirago.fr

Et dans un avenir proche :

– Ask.com (début 2006, issu de Ask Jeeves)
– Quaero (courant 2006 ? projet européen)
– Digimind Finder (mars 2006)

Lexique

métamoteur/métachercheur :
un métamoteur est un logiciel en ligne qui utilise les résultats de plusieurs moteurs de recherche pour fournir une liste dédoublonnée et pertinente de réponses. Celui-ci envoie la même requête à plusieurs moteurs classiques puis trie les résultats reçus avant de les restituer à l’internaute.

Web invisible : il représente l’ensemble des pages Web non accessibles et donc non indexées par les moteurs de recherche classiques (bases, banques de données et bibliothèques en ligne gratuites, payantes, par abonnement, par inscription, etc). C’est en quelque sorte la face cachée de l’iceberg, qui représenterait plus de 90 % de la totalité des contenus disponibles sur le réseau Internet.
Web profond : à l’opposé du Web “de surface” (visible et accessible dans les moteurs classiques), le Web profond représente l’ensemble des pages Web qui ne sont pas visibles par les outils classiques, mais tout de même accessibles avec d’autres types d’outils (répertoires sélectifs, bases de données, logiciels et agents de veille, etc.).

Auteur : Olivier Dumons
Source :
Le Monde – le20 janvier 2006

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