Veille stratégique et concurrentielle : la France en embuscade

Avec la sortie le même mois d'évolutions majeures de leurs logiciels de veille stratégique et concurentielle, deux sociétés françaises imposent peu à peu leur savoir-faire à l'étranger. La masse d'informations et de contenus sur le Réseau augmente sans cesse et sans fin et la surinformation guette. Il devient de plus en plus compliqué d'obtenir simplement un résultat en lançant une requête sur un moteur de recherche, un méta-moteur comme Webseeker ou Kartoo, un aspirateur de sites du type de Teleport Pro ou un agent dit intelligent comme celui de Copernic.

OUTILS DE VEILLE CONTRE AGENTS INTELLIGENTS

De plus, de nombreux "signaux faibles", résultats incomplets, obsolètes, non fiables ou encore imprécis viennent altérer la qualité de ces recherches. Y a-t-il alors une réelle différence de résultats entre ces solutions basiques et imprécises et les outils de veille stratégique, qu'elle soit anticipative, concurrentielle, technologique ou autre ? Manifestement oui, et tout est question de persévérance. La veille induit une surveillance continue des sources d'information que l'on a choisi de vérifier. Dans le cadre d'une classique recherche par un moteur tel Google, c'est un résultat ponctuel à un instant donné que l'on obtiendra. Les agents intelligents effectueront ces mêmes tâches de recherche à la façon d'un robot, de manière automatique et programmée. Ils pourront même aller jusqu'à dé-doublonner et conserver les résultats sur une période donnée. Mais l'une des plus-values majeures des outils de veille stratégique et concurrentielle réside dans leur capacité à analyser ces résultats, à mettre en exergue les modifications, les éléments remarquables ciblés tout en maintenant ces ensembles de résultats à jour en permanence : ils travaillent donc par cycle de veille avec archivage et comparaison, la remontée d'informations n'étant que l'une des étapes de ce cycle.

LE CYCLE DE VEILLE

L'étape préalable d'un cycle de veille consiste à bien définir ses champs de recherche. Dans quel domaine veut-on cibler sa veille ? Pour quels produits, quelles sociétés, quels médias particuliers ? Si la problématique, les concepts et éventuellement les acteurs et les zones géographiques sont bien identifiés, la veille n'en sera que meilleure et plus fiable. Viennent ensuite le recensement, la sélection puis la programmation de sources identifiées. Les outils de veille ont ici un avantage considérable puisqu'ils permettent d'atteindre des contrées inconnues pour les classiques outils de recherche. On parle alors de Web invisible ou de Web profond. Les bases de données non référencées, les sites payants, les archives non indexées, avec identification, les moteurs spécialisés, les portails sectoriels, verticaux, les répertoires sélectifs, les bibliothèques en ligne, les pages à accès complexes avec mots de passe en cascade, les groupes de discussion (newsgroups), les listes de diffusion (mailing-lists) ou tout simplement les formats de documents non reconnus en sont autant d'exemples. Ils représenteraient selon les spécialistes entre 80 et 90 % de la masse d'informations présentes sur le Réseau.

DES ENTREPRISES FRANÇAISES INNOVANTES

Pour la société Bruno Etienne et Associés-Conseil (BEA-Conseil), créée en 1995 et alors spécialisée dans les développements spécifiques et l'ingénierie informatique, l'aventure de la veille commence en 2002 avec la demande un peu particulière d'un client, Eurocopter, qui cherche à indexer des sources externes à l'entreprise. De cette demande naît le premier outil de gestion électronique de documents (GED), "Kbdoc". Depuis, Kbdoc est devenu "Kbcrawl", et le succès de cette solution logicielle, qui en est maintenant à sa troisième évolution et à plus de 200 installations, a poussé la société à se spécialiser dans l'édition d'outils de veille et d'intelligence économique sur Internet. Kbcrawl est fourni "nu" (sans source identifiée pré-installée) pour environ 2 500 euros, mais avec un accompagnement et une formation dans l'utilisation du produit. Le "veilleur" apprendra à identifier et déterminer les sources spécifiques à son domaine, puis à programmer et à optimiser les cycles de veille de l'outil. Son prix et le fait que le logiciel soit directement installé chez l'utilisateur pour plus de confidentialité sont des atouts déterminants. D'autres arguments comme la possibilité de lancer ses recherches sur des types de documents jusqu'alors inaccessibles (notamment sites en Flash avec un décompilateur des contenus textuels ou pages scannées grâce à un outil de reconnaissance de caractères [OCR] intégré) pourront séduire. Dès 1999, Digimind, installée à Grenoble, commercialise un nouveau type de méta-moteur baptisé Strategic Finder (Le Monde.fr du 20 janvier 2006). Ce logiciel orienté entreprises, et qui travaille là ou les moteurs de recherche classiques s'arrêtent, connaît un réel succès dès son lancement. Depuis, la société qui compte parmi ses clients EADS, Veolia, Roche, Proximus, Dassault, Alstom, France Télécom R&D, SCOR ou encore Sanofi-Pasteur a développé son activité et est devenue leader européen dans son domaine. Depuis, Strategic finder est devenu Digimind Finder et ce sont près de 200 clients qui travaillent régulièrement avec la sociétél. Les attraits de Digimind Finder, l'un des quatre modules de la plate-forme de veille Digimind Evolution, résident dans la possibilité d'implémenter ses propres sources ou des sources réputées et reconnues par Digimind, mais aussi dans son ergonomie et dans la restitution des informations traitées. Du point de vue ergonomique, il est d'une programmation simplifiée grâce à un apprentissage automatique des règles d'extraction des moteurs choisis. Pour ce qui est de la visualisation des résultats, un module multidimensionnel permet de naviguer dans les fenêtres de résultats, filtrés et re-indexés à la volée. Le module peut être hébergé chez Digimind ou installé chez le client, à partir de 15 000 euros. Les deux acteurs français n'ont, à par Iscope, Albert ou Documentum, pas réellement de concurrence dans l'hexagone, et très peu à l'international dans ce créneau intermédiaire. On pourra citer ou des solutions comme Autonomy-Verity, plus imposantes en termes d'installation et de coûts (de l'ordre de 50 000 à 100 000 euros minimum).

Source : Le Monde – Le 26 avril 2006

Aucun commentaire pour le moment.

Laisser une réponse