Les sites pour adolescents, tocade des investisseurs

Microsoft et Google s’affrontent sur le marché publicitaire des sites pour jeunes internautes.

ATTIRER le maximum de jeunes en mettant en scène leurs états d’âme pour séduire les annonceurs. Telle est la nouvelle stratégie à la mode dans le monde débridé d’Internet. Les sites américains MySpace.com qui appartient au groupe de Rupert Murdoch, Facebook.com et YouTube séduisent des dizaines de millions d’adolescents. Les deux premiers publient leurs journaux intimes et leurs plaisanteries. Le second propose des vidéos amateurs, des clips et des extraits d’émission de télévision diffusés très souvent sans l’accord de leurs propriétaires. Gratuits, ces trois sites lancent une formidable offensive pour attirer la publicité qui seule leur permettra d’être rentable.

Leader incontesté avec 54,5 millions de visiteurs en juillet, MySpace.com qui débarque en France, a provoqué un vrai électrochoc début août en signant un accord avec Google. Ignorant Yahoo ! et Microsoft, le groupe de Rupert Murdoch s’est allié au numéro un mondial des moteurs de recherche : il assurera sa régie publicitaire. Google s’est engagé à verser 900 millions de dollars sur trois ans tandis que MySpace.com a une obligation de croissance de son trafic. Si la réussite est au rendez-vous, Rupert Murdoch fera taire les critiques qui jugeaient très risqué le rachat de MySpace.com pour 580 millions de dollars en juillet 2005.

Battu, Microsoft a très vite réagi. L’empire fondé par Bill Gates vient d’annoncer un accord similaire avec le site Facebook.com qui a attiré 14,3 millions de lycées et d’étudiants en juillet. Il porte lui aussi sur trois ans. Mais les deux parties se sont refusées à dévoiler les sommes en jeu.

Une bulle Internet pour ados. De son côté, YouTube, le numéro un mondial de la vidéo sur internet avec plus de 100 millions de vidéos regardées chaque jour, ne se contente pas d’afficher des bannières publicitaires. Il vient d’innover en créant une chaîne avec la maison de disques Warner Music pour lancer le dernier album de la starlette américaine Paris Hilton, héritière de la célèbre chaîne d’hôtels. Il a aussi convaincu la chaîne de télévision Fox de profiter de cet événement pour faire de la publicité pour sa série Prison Break.

Les jeunes dirigeants de YouTube espèrent aussi attirer les annonceurs en leur proposant d’éditer des vidéos mises à la disposition des visiteurs. Ces derniers peuvent dire ce qu’ils en pensent et les intégrer dans leurs propres vidéos. Certains professionnels assurent que YouTube pourrait facilement atteindre les 500 millions de dollars de chiffre d’affaires.

Mais le pari financier n’est pas gagné. Certains experts se disent sceptiques. Ils doutent que les annonceurs se laissent tous séduire par MySpace.com qui est adulé des adolescents, mais violemment critiqué par certains parents et enseignants. Des jeunes femmes y publient des photos provocantes ; des gamines ont été séduites par des adultes. Les professeurs n’apprécient pas de lire des critiques émises par leurs élèves.

Les jeunes pourraient apprendre à se méfier après la mésaventure survenue à quelques-uns d’entre eux, renvoyés de leur lycée après avoir été pris en photo contre leur gré dans des attitudes choquantes. D’autres observateurs s’interrogent sur la fragilité de sociétés qui dépendent des seules passions et des ego des adolescents. Ils dénoncent une possible nouvelle bulle.

Un milliard de dollars pour Bebo. Leurs interrogations ne freinent pas l’enthousiasme des investisseurs. Selon des rumeurs de marché, le groupe américain de communication Viacom discuterait le rachat du site Bebo, un jeune concurrent de MySpace.com. Ses fondateurs exigent un milliards de dollars alors que Bebo n’a attiré que 2 millions de visiteurs en juillet. Facebook est estimé à 2 milliards de dollars. Malgré ces valorisations élevées, certains experts estiment qu’ils pourraient trouver des acheteurs dans les mois à venir.

Auteur : Y. LE G..
Source : Le Figaro – Le 25 août 2006

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