Société trop informée ne rime pas avec société bien informée !

Chronique "Veille d’affaires, technologie et changement"

Par Richard Legendre T.Sc.A., Service d’information industrielle du Québec, Veilleur technologique et courtier en information

Vous est-il déjà arrivé de voir un reportage d’un événement où vous vous trouviez et d’avoir l’impression que ce journaliste, tout près de vous pendant l’événement, présente une histoire complètement différente de celle que vous avez entendue sur place ? Innovateurs et créateurs de tous les secteurs industriels, vous pourriez être étonnés de découvrir le nombre d’informations intéressantes circulant sur les fils de presse et qui ne trouveront pas de place dans un journal écrit ou quelques secondes de visibilité lors des nouvelles télévisées.

HYPOCONDRIE MÉDIATIQUE
Un reportage d’enquête dans le numéro de février 2006 du magazine Psychologies fait état de l’hypocondrie médiatique qui augmenterait le taux d’anxiété dans la population. Le psychiatre Michel Lejoyeux vient de publier un livre intéressant, aux éditions Seuil, sous le titre « Overdose d’info ». Le psychiatre français observe que les symptômes à l’origine de la névrose varient selon l’époque. Si durant le XXe siècle la dépression et les troubles de l’humeur nourrissaient la névrose, le XXIe siècle semble alimenter celle-ci par l’hypocondrie de l’information. L’information spectacle nous bombarde d’images chocs à répétition dans un tourment catastrophique. On peut facilement ainsi passer du souci, à la préoccupation, voire jusqu’à l’obsession.
Par un beau matin d’été de juillet 2005, je me souviens avoir entendu un journaliste, durant le bulletin de nouvelles à la radio, annoncer la catastrophe appréhendée de la TERRIBLE journée de canicule que le Québec connaîtrait. Mis à part les recommandations d’usage quant à la crème solaire et à la nécessité de boire de l’eau pour se garder hydraté, il n’y a rien d’apocalyptique à vivre une journée radieuse d’été durant le mois de juillet !

Les médias, et particulièrement les chaînes en continu, en viennent à créer une situation, un état social «cauchemardesque» où on nous présente ces risques (terrorisme, grippe aviaire, SRAS, virus du Nil, changements climatiques) comme des menaces personnelles pouvant nous atteindre. « En pythie des temps moderne, en Cassandre du XXIe siècle, le journal télévisé m’apprend de quoi est fait mon destin.». 1

Le professeur d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal, monsieur Bertrand Gervais, considère que notre imaginaire collectif s’oriente vers une fin ultime, voire une logique apocalyptique. Sous le feu des médias, chaque nouvelle devient inquiétante et semble se destiner à une fin tragique. L’effet de répétition des chaînes en continu ne fait qu’amplifier cette perception qui peut rendre anxieux le spectateur passif.

AUTOPSIE D’UN FEUILLETON MÉDIA
L’histoire, la saga, de la fermeture du Zoo du Québec illustre bien l’influence des médias qui ne rapportent pas la nouvelle, mais trop souvent oriente la nouvelle. Lors de la réouverture du zoo en 2003, les médias ont sauté sur la proie : prix d’entrée trop élevé ne tenant pas compte de la clientèle cible d’un zoo, soit les familles ; absence de mammifères ; courte durée de la visite. Les médias n’ont pas indiqué que le zoo avait ouvert avant d’avoir complété la phase I et évidemment avant même d’avoir entamé la phase II du projet. Ils n’ont pas indiqué qu’il y avait peu, mais qu’il y avait quelques mammifères. Par cette campagne médiatique, on a réussi à véhiculer que le nouveau zoo c’est plate, triste et trop cher. Une année et demie après l’histoire change : c’est maintenant terrible, on veut fermer le zoo, car il n’y a pas assez de visiteurs.

Le «spin» média se définit ainsi : trouvons le coupable de la fermeture du zoo. Pour boucler la boucle, lors de la journée de la fermeture du zoo : les médias électroniques tiennent leurs émissions d’information en direct du zoo. Mais où étaient ces médias lorsque le prix d’entrée a diminué particulièrement pour les familles et lorsque certaines espèces particulières (léopards de l’amour) ont trouvé refuge au zoo ? Difficile également de trouver des partenaires privés pour s’associer à une cause vouée à l’échec et ridiculisée par les médias.

La triste histoire du départ du club de baseball
Les Expos de Montréal
ressemble trop
à celle du zoo de Québec…

Avec un peu de recul vous trouverez d’autres exemples de « meurtres médiatiques collectifs » organisés par les médias écrits et particulièrement électroniques. La triste histoire du départ du club de baseball Les Expos de Montréal ressemble trop à celle du zoo de Québec.

RESPONSABILITÉ DES CONSOMMATEURS D’INFORMATION
Comme consommateurs d’information nous devons prendre un recul face à cette information spectacle bombardée particulièrement par la télévision. La poursuite du processus informationnel par la lecture d’informations complémentaires écrites dans les journaux, magazines spécialisés et dans certains sites web peut contribuer à rehausser notre sens critique et diminuer notre anxiété individuelle et collective. La convergence des médias écrits et électroniques vous fait faire du «sur-place», n’hésitez pas à consulter des blogues. Une responsable des communications pour une grande firme mentionnait dernièrement que les blogues représentaient une zone incontrôlable de l’information. Pour compléter cette quête d’information, le suivi de certains fils de presses pourraient vous aider à découvrir des informations fort utiles pour votre entreprise, mais pas suffisamment spectaculaires ou catastrophiques pour les médias.

Principe de base de la veille stratégique, la multiplication des sources d’information et une analyse critique de celle-ci nous permet de diminuer l’incertitude et de mieux comprendre les situations se présentant à nous. Au contraire, la naïveté, la surconfiance dans un média et une nervosité incontrôlée prédispose à la désinformation. On pourra alors vous diriger exactement là où celui ou ceux qui désirent vous contrôler veulent vous trouver pour vous vendre leurs produits, leurs services ou leurs idées.

1 Psychologies, février 2006, « Sommes-nous malades du 20 heures ? », Isabelle Taubes, Laurent Louis.

Fait à Québec le 17 avril 2006.
Source : Commercemonde.com

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