Google creuse l’écart avec un Yahoo ! en quête d’un nouveau modèle

Le moteur de recherche a doublé son bénéfice en 2006, à 3 milliards de dollars

Google continue inexorablement à imposer son modèle sur Internet. Le premier moteur de recherche mondial a annoncé, mercredi 31 janvier, un doublement de son bénéfice pour 2006 à 3 milliards de dollars (2,3 milliards d’euros) pour un chiffre d’affaires de 10,6 milliards de dollars (+ 72 % par rapport à 2005). " Une croissance phénoménale. Je ne peux pas être plus fier de cette entreprise ", s’est félicité Eric Schmidt, PDG de Google.

Son grand rival, Yahoo !, a, lui, enregistré une hausse de 22 % de son chiffre d’affaires (6,43 milliards de dollars) mais il a vu son bénéfice net divisé par deux à 751 millions de dollars.

Selon le cabinet d’études Comscore, Google contrôle désormais 47 % de la recherche sur Internet aux Etats-Unis (28 % pour Yahoo !, 11 % pour Microsoft). Ce taux grimpe à 70 % en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

" Chaque mois, Google augmente un peu plus sa part de marché ", constate Youssef Squali, analyste chez Jefferies & Co, cité par l’agence Bloomberg. Fin 2006, il est passé devant Yahoo ! en terme d’audience, devenant le deuxième site le plus visité au monde derrière Microsoft.

Surtout, Google a pris une longueur d’avance par rapport à Yahoo ! sur le marché américain des recettes publicitaires sur la Toile. En 2004, les deux groupes avaient une part égale (19,5 %) sur ce secteur. En 2006, Google s’est imposé face à son rival avec une part de marché de 25 %, soit 4 milliards de dollars, contre 17,5 % à Yahoo ! Selon le cabinet américain eMarketer, Google devrait capter 28,3 % de ce marché en 2007, soit 5,5 milliards de dollars, creusant encore l’écart un peu plus avec Yahoo ! (17,3 %).

Selon Comscore, le premier gagnerait 11 cents par recherche effectuée sur son moteur contre 4 cents au second. Et le rachat, en octobre 2006, du site de partage de vidéo en ligne YouTube pour 1,67 milliard de dollars va lui permettre d’accroître encore ses revenus issus de la publicité.

En décembre 2006, Brad Garlinghouse, senior vice-président de Yahoo !, était arrivé à la conclusion qu’il fallait radicalement changer la stratégie de l’entreprise et se focaliser désormais sur quelques priorités. Les investisseurs, eux, ont choisi de sanctionner Yahoo ! devant son incapacité à être le premier à profiter de l’explosion de la publicité sur Internet. En un an à Wall Street, l’action du portail américain a chuté de plus de 40 % à 28 dollars.

LA CONFIANCE DES INVESTISSEURS

Introduite à 85 dollars il y a vingt-neuf mois, celle de Google fluctue autour des 500 dollars et sa capitalisation boursière dépasse les 155 milliards de dollars, soit quasiment autant que Yahoo ! (38,5 milliards), eBay (45,1 milliards) et Apple (73,7 milliards) réunis. Google vaut aujourd’hui 14 fois son chiffre d’affaires et 51 fois son résultat net.

Certes, on est loin des ratios complètement fous enregistrés au plus fort de la " bulle Internet " quand Yahoo ! valait 900 fois son chiffre d’affaires. Mais une question demeure : Google sera-t-il capable de maintenir pareil taux de croissance ?

Les investisseurs semblent y croire. Entre juillet et septembre 2006, Fidelity a acheté pour près de 400 millions de dollars d’actions Google. La plupart des analystes qui suivent la valeur ne la voient pas en dessous des 500 dollars. Plusieurs estiment même qu’elle peut dépasser les 600 dollars : Cantor Fitzgerald la voit à 650 dollars, Piper Jaffray à 630, Bear Steams et Crédit suisse à 600. Sur les 40 analystes cités par Bloomberg qui suivent la valeur, pas un ne recommande de la vendre.

Pour rattraper son retard sur Google, Yahoo ! porte désormais tous ses espoirs sur son nouvel outil de gestion de la publicité en ligne. Baptisé Panama, il est censé optimiser les emplacements des liens publicitaires sur les pages de requêtes.

Toutefois, les effets positifs sur les revenus publicitaires de Yahoo ! ne seront pas immédiats. " Nous devrions voir l’impact du nouveau système sur le chiffre d’affaires à partir du second trimestre ", a déclaré Terry Semel, le PDG de Yahoo ! lors de la présentation des résultats fin janvier.

Selon la banque américaine Merrill Lynch, cette nouvelle plateforme pourrait rapporter entre 100 et 300 millions de dollars de revenus supplémentaires à Yahoo ! qui devrait aussi profiter de son accord avec eBay aux Etats-Unis pour augmenter ses revenus publicitaires.

Google, lui, mise sur de nouveaux marchés liés à la publicité, notamment sur les téléphones mobiles. Selon ses dirigeants, en 2007 " le trafic Internet sur téléphone mobile va croître de façon significative ".

Auteur : Nathalie Brafman
Source : Le Monde – Le 2 févreir 2007

CHIFFRES

AUDIENCE.
736 millions de personnes de plus de 15 ans ont consulté Internet en novembre 2006 (+ 10 % par rapport à novembre 2005) dans le monde.

SITES CONSULTÉS.
Selon le cabinet Comscore, 507,7 millions de visiteurs sont allés sur les pages de Microsoft (MSN, moteur de recherche Live Search, la maintenance de Windows…). 475,5 millions (+ 9 %) ont choisi ceux du moteur de recherche Google (hors sa filiale YouTube) – désormais 2e – qui dépasse Yahoo ! (475,2 millions de lecteurs, + 5 %). Le site de vente aux enchères eBay reste en 4e position (250,8 millions de visites, – 1 %). Puis viennent Time Warner (propriétaire d’AOL) avec 221,1 millions de visiteurs et Wikipédia, qui a doublé son audience en un an à 171,9 millions de lecteurs.

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