Le copier-coller sur Internet irrite les profs

Alors qu’ils font passer les fameux TPE – travaux pratiques encadrés -, qui comptent pour le bac, les enseignants vouent la Toile aux gémonies. En ligne de mire, le site Wikipédia, pillé par les futurs bacheliers.

AU LYCÉE privé Louise-de-Marillac, dans le Quartier latin, à Paris, le professeur d’économie se désespère : « Lorsque je leur demande de faire un travail de réflexion, les ­élèves s’empressent de recopier l’encyclopédie Wikipédia sur Internet. Ils plagient, sans même recouper leurs informations. » Ce type de récrimination est fréquent en salle des profs. Surtout lorsqu’il est question des travaux personnels encadrés (TPE), dont la note compte pour le bac.

Les sujets sont « suffisamment flous » pour que les élèves « recopient intégralement un blog, un site Internet et surtout Wikipédia, qui est devenu la référence par excellence. L’idée d’ouvrir un livre ne leur vient quasiment jamais à l’esprit », déplore Françoise Gonzales, professeur de lettres au Mans (Sarthe).

« Mes parents aussi utilisent Wikipédia ! », lui répondent, narquois, ses élèves de se­conde et de première. La prestation orale de l’élève qui présente ses travaux devant la classe « permet toutefois de détecter les pla­giaires », nuance l’enseignante.

Wikipédia, qui existe depuis janvier 2001, est une encyclopédie à laquelle tout le monde peut participer et qui propose aujourd’hui plus de 1,5 million d’articles en anglais, près de 520 000 en allemand, près de 420 000 en français et des contributions en 229 langues. Le site compte plus de 30 000 rédacteurs actifs. Les élèves, mais aussi les enseignants, utilisent ces textes de plus en plus.

« Certains professeurs sont réticents à son utilisation car son contenu n’est pas validé », observe Olivier Ricou, enseignant-chercheur à l’Epita (École pour l’informatique et les techniques avancées). « Ce manque de certification » est souvent reproché à l’encyclopédie préférée des internautes, note-t-il. « Cette remarque n’est malheureusement pas complètement fausse », reconnaît Ricou. Comme en témoigne la fausse information publiée pendant plusieurs mois sur le site qui indiquait que John Lawrence Seigenthaler, ancien assistant de Robert Kennedy, était « soupçonné d’avoir été directement impliqué dans les assassinats de John et Bobby Kennedy ».

Le degré de fiabilité change d’un article à l’autre : c’est le fonctionnement même de l’encyclopédie. Certaines contributions ne comptent parfois qu’un seul auteur quand d’autres confrontent les points de vue de dizaines de personnes. Auteur de plusieurs articles sur des villages français ou des notions de généalogie, Sébastien Caroux, avocat, y a glissé volontairement plusieurs erreurs : « Personne n’a rien remarqué. Mais il faut dire que mes articles ne doivent pas passionner les foules… »

Repérer les fraudeurs

Au reste, la revue scientifique Nature a souligné récemment que la qualité de Wikipédia était proche de celle de l’encyclopédie Britannica. « Les enseignants préfèrent toutefois appliquer le principe de précaution qui veut qu’on ne donne pas à des élèves un document dont le niveau d’exactitude est inconnu », explique Olivier Riou.

Serge Pouts-Lajus, consultant à la société Éducation et territoires et expert en nouvelles technologies, ne voudrait pas que les nouvelles technologies soient seules rendues « responsables » de la ­triche dans l’enseignement.

« Certes, Internet favorise le plagiat et le copier-coller en le rendant plus facile, mais c’est aussi cet outil qui permet de démasquer les co­pieurs », affirme-t-il dans une interview de l’Agence éducation, emploi, formation (AEF). Selon lui, à partir du moment où les pro­fesseurs sauront repérer efficacement les fraudeurs, ils se rendront compte qu’Internet permet au contraire de « lutter efficacement contre la triche ».

Depuis cette rentrée, l’enseignement supérieur, plus armé que l’enseignement secondaire, commence à contrer les plagiaires de Wikipédia et d’autres sites avec leurs propres armes. Les logiciels antiplagiat se développent à HEC, Limoges, Lyon, Aix-Marseille. Certaines écoles ont également mis en place des chartes éthiques, comme l’ESIEA (École supérieure d’informatique électronique automatique). Depuis 2006, cette école fait signer à ses 1 570 élèves une charte de non-plagiat. L’établissement est parti du constat que « tous les étudiants ont recours à Internet pour élaborer leurs travaux, mais que seul un quart d’entre eux déclare ne pas faire de copier-coller ».

Les travaux des étudiants sont désormais « soumis à une analyse automatique qui repère le degré de plagiat en fonction des sources originales : Internet, bases de données, ouvrages numérisés, et même travaux d’anciens élèves ».

Auteur :
Marie-Estelle Pech
Source : Le Figaro – Le 10 avril 2007

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