Actulligence.comGuerre Economique / » http://www.actulligence.com Intelligence économique, veille stratégique, veille concurrentielle et veille image Tue, 07 Feb 2012 12:21:28 +0000 en hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.2.1 Les blogs d’intelligence économique et de veille en 2010 http://www.actulligence.com/2010/05/17/gautier-en-relecture-les-blogs-dintelligence-economique-et-de-veille-en-2010/ http://www.actulligence.com/2010/05/17/gautier-en-relecture-les-blogs-dintelligence-economique-et-de-veille-en-2010/#comments Mon, 17 May 2010 10:52:58 +0000 Gautier Barbe http://www.actulligence.net/?p=974 A l’occasion de la mise en ligne de la nouvelle mouture d’Actulligence, Frédéric m’a proposé de publier un billet sur ce blog. Justement, où en sommes nous dans la blogosphère IE / Veille ?

Je vais ici vous faire part de ma vision, en essayant de catégoriser les blogs.

Les chercheurs d’information

On retrouve quelques blogueurs éléphants du domaine, qui ont une ligne éditoriale résolument acquise à la veille d’un point de vue technique.

Actulligence : Fredéric Martinet, qui lance ce blog en 2006 (mais il était déjà blogueur depuis 2001)  et qui avec une fréquence de publication plus ou moins soutenue, a toujours été présent. Ses billets sont assez tranchants, et sont souvent axés événements (conférences…). On peut lui reprocher de faire parfois des articles très longs, mais n’est-ce pas un impératif lorsqu’on veut rentrer dans le fond des choses ?

Outils froids : tenu par Christophe Deschamps et lancé en 2004, Outils froids est une vraie boîte à outils très en pointe sur le Flux RSS et la recherche d’information. Les icebergs permettent de faire une pause en agrégeant le contenu et les outils intéressants parus dans le mois.

Demain la Veille : Inclassable car ayant une ligne éditoriale assez vaste, Aref Jdey aborde tout sur la veille. Là où il est bon, c’est qu’il canalise bien l’information, ce qui lui permet de publier des billets de façon quotidienne.

Les sécuritaires

Présents depuis plusieurs années et souvent liés à l’EGE, ils sont très axés sur la sécurité de l’information et la guerre économique.

Infoguerre : Créé en 1999, il est le fruit de la collaboration de journalistes, consultants et universitaires. 5 billets de moyenne par semaine, beaucoup de stratégie, d’influence, une source de référence.

Knowckers : La contraction de Knowledge et Hackers, un blog résolument tournée vers l’analyse de la manipulation de l’information.

Les stratèges

Ils articulent leur blog autour du lobying et de la stratégie d’influence.

Blog IE-Lobbying : Pierre-Antoine Rousseau aborde dans ce blog la problématique de l’influence au sein de notre société. 1 billet par mois environ, mais une ligne éditoriale bien respectée.

Boulevard de l’info : Un blog de renom, tenu par François Jeanne-Beylot le DG de Troover, qui a une ligne éditoriale moins stricte que les deux premiers mais qui axe surtout ses articles sur la stratégie d’influence et le renseignement.

Business Commando : Un blog un peu fouillis de prime abord mais le dément Arnaud Velten aborde l’intelligence économique dans le sens le plus stratégique du terme, sur des sujets assez divers.

Harfang IE : Baptiste Boudaud, cet ancien de l’ICOMTEC, propose un éclairage assez large sur l’Intelligence Économique, en axant bien sa ligne éditoriale sur les entreprises. Un blog actif qui mérite d’être suivi.

Les sondeurs d’opinion

Il y a une fourmilière de blogs qui traitent de la e-reputation, j’opère donc ici à une petite sélection. Souvent tenus par des consultants en agences, ces blogs sont assez récents.

CaddeReputation : Tenu par Camille Alloing, c’est certainement le meilleur d’entre eux et le plus connu. Sa catégorie Rayons propose tout un tas de trucs et astuces pour être performant dans sa veille d’opinion. La liste des agences en e-reputation est très appréciée car mise à jour régulièrement.

Digital Reputation Blog : Malgré son URL pas encore nettoyée du Wodpress, ce blog très récent a su s’imposer en proposant plusieurs fois par semaine des billets sur la e-reputation, les meilleurs étant ceux proposant un benchmark d’outils. Amal Belkamel et Amine Benhamza en sont les auteurs.

E-réputation : d’Alexandre Villeneuve et Edouard Fillias qui abordent les problématiques de réputation avec des yeux de référenceurs.

Personnal Branding : Fadhila Brahimi opte elle pour une ligne éditoriale et commerciale axée vers le personnal branding. Tout le monde se souvient de son clash avec Olivier Zara, que je n’inscris pas dans cette liste avec son blog Axiopole car ses billets traitent de beaucoup de sujets différents.

Opinion Watch : C’était l’un des premiers blogueur sur le sujet. Laurent Magloire délivre une vraie analyse dans ses billets, malheureusement son départ aux États-Unis l’a ralenti un peu dans son activité de blogging.

Blogs & IE : J’inscris le blog de Tarik Mousselmal dans cette catégorie car cet ancien de chez Scanblog parle surtout de réputation en ligne aujourd’hui dans ses billets.

Deanie : Une bonne ressource proposée par Stéphanie Barthélémi, qui mêle documentation et e-reputation.

Nicolas Blas : Ce fan d’automobile est un expert en Lobying mais il aborde désormais la problématique de la veille d’opinion et du community management.

Patrick Cuénot : Ses chroniques de chargé de veille sont très lues dans le « milieu ». Manque juste un design un peu plus alléchant à ce blog qui aborde des sujets originaux autour de ce métier.

Internet & Opinion : François Guillot et Emmanuel Bruant, deux belles pointures, dont le premier est plus actif  que le second sur le blog, proposent une fois par mois environ un billet très fouillé sur le communication digitale et les e-RP.

Kamablog : Une fréquence de publication peu élevée mais des billets qu’on ne voit pas ailleurs, incitant les lecteurs à une réflexion plus poussée sur ce qu’est réellement la veille d’opinion. Lancé en 2006, oui Monsieur, ce blog rédigé par Camille Masson De Montalivet est toujours une référence.

Boîte de Veille : Je ne m’étalerai pas sur ce blog, au risque d’être provocateur envers l’auteur.

Je n’aborde pas les blogs d’agence ici, mais certains sont très bons. Je fais un petit travail dessus en ce moment, j’espère pouvoir vous le faire partager rapidement.

Le monsieur CCI

Vedocci : Mael Le Hir truste ce sujet depuis belle lurette et c’est le meilleur, tout simplement.  Par contre on ne sait jamais s’il faut prononcer Vedochi ou Vedossi.

Le réseauteur

Blog Inter Ligere : impossible de passer à côté du Club Intelligence Economique et Stratégique de Jérôme Bondu. Le blog relaye essentiellement les événements à venir.

Le recruteur

Veille et TIC : C’est LE blog emploi des veilleurs et des experts en IE. Marie Mulé et Marie Armand font une veille permanente des sites de recrutement pour proposer des offres fraîches tous les jours.

Les morts

A ces blogs qu’on aimait bien mais qui ne publient plus rien. AMEN

VerbalKint d’Hugo Cousin et Intelligence-Center de Christophe Asselin, qui étaient dans les premiers à parler d’IE sur leur blog.

Tais Toi quand Tu Parles : OK il est mort, mais le sanguin Terry Zimmer a lancé Intelligence Connectées, un bon blog d’IE qui affiche déjà 35 articles depuis son lancement en janvier 2010.

Intelligence Touristique : de Stéphanie Gourdon, dont j’adore le design. Un bon démarrage et un sujet bien à lui, mais seulement quelques billets et 3 mois d’existence.

Permettez-moi aussi de citer deux blogs coup de cœur, qui ne parlent pas vraiment d’IE, ni de veille, ni de réputation, mais pas bien loin de tout ça !

  • Billet de Chou, de Thibault Souchet, axé journalisme en ligne.
  • Chloestch, de Chloé Martin, plus sur la documentation, les bibliothèques et récemment le serious gaming.

La liste que j’ai rédigée ici est non exhaustive et très subjective.

Update du billet – 18 mai : Ajout de deux blogs que j’avais oublié et qui me sont revenus en dormant (Patrick Cuénot et Business Commando) et correction de l’URL et de la catégorie du blog de Nicolas Blas.

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Méthodes de l’espionnage économique http://www.actulligence.com/2009/08/07/methodes-de-lespionnage-economique/ http://www.actulligence.com/2009/08/07/methodes-de-lespionnage-economique/#comments Fri, 07 Aug 2009 13:42:46 +0000 Frédéric Martinet http://localhost:8888/actu_migra/?p=295 Le Service Canadien de Renseignement de Sécurité a publié une synthèse des principales attaques relevant de l’espionnage économique et des signaux pouvant indiquer ce type d’attaques.

Bien que je déplore le titre utilisé pour reprendre cet article qui date maintenant un peu, le document original me semble tout à fait intéressant et pouvant être intégré dans une logique de sensibilisation des personnels à la sécurité de l’information.

Le SCRS liste ainsi 8 types d’approche pouvant être utilisées afin d’obtenir des informations sensibles sur une entreprise, son activité, et sa stratégie :

Pour chacune de ces approches, le SCRS développe les différents signaux d’alertes pouvant laisser penser qu’une de ces attaques est en cours de réalisation.

Le SCRS précise par ailleurs que la démocratisation du Web, de l’usage des réseaux sociaux et autre outil de publication Internet a accru ces dangers, facilitant l’approche directe et la personnalisation de cette approche grâce à l’utilisation de données personnelles disponibles sur les différents intrlocuteurs d’une entreprise.

Un peu vieu mais à relire avec attention tout de même sur le même site : "Commentaire N° 46 : L’espionnage économique (II)" – Samuel Porteous – Juillet 1994

Merci à Gilles du Clusir Languedoc-Roussillon pour l’info.

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Un diplôme d’État pour les détectives privés http://www.actulligence.com/2006/08/22/un-diplome-detat-pour-les-detectives-prives/ http://www.actulligence.com/2006/08/22/un-diplome-detat-pour-les-detectives-prives/#comments Tue, 22 Aug 2006 10:50:52 +0000 Frédéric Martinet http://localhost:8888/actu_migra/?p=294 Obligés, pour exercer, de prouver leur qualification, les professionnels visent, à terme, un statut d’auxiliaires de justice. Perspective qui irrite les policiers.

LES DÉTECTIVES PRIVÉS sortent de l’ombre. «Une révolution», estime Christian Borniche, vice-président de l’Union fédérale des enquêteurs de droit privé. Exception mondiale, dans le cadre de la réforme européenne d’harmonisation licence-master-doctorat, la France se dote d’un diplôme d’État : la licence professionnelle Sécurité des biens et des personnes, option enquêtes privées, une formation en trois ans proposée dès octobre prochain par l’Institut de droit et d’économie de Melun.

Il existait déjà, depuis 1998, deux diplômes universitaires, l’un destiné aux salariés des agences, l’autre aux indépendants (l’écrasante majorité de la profession) : cours de droit dispensés par des magistrats, initiation aux méthodes de recherches informatiques et administratives, exercices de filature cornaqués par des gendarmes, ce cursus n’avait engendré que 119 diplômés sur les 700 à 750 enquêteurs en activité en France. Le nouveau diplôme, qui étoffe les stages et les travaux pratiques, a vocation à rencontrer davantage de succès.

«Une justice à deux vitesses»

D’ici à 2007, en vertu de la loi du 18 mars 2003, tous les détectives devront en effet prouver leur qualification professionnelle, soit par leur ancienneté, soit par l’obtention d’un diplôme, sous peine d’être rayés des listes préfectorales. Selon Michel Le Forestier, président de l’Association des enquêteurs diplômés, il était urgent de réglementer une profession «honorable mais souvent mal fréquentée. Il y a beaucoup de dilettantes : avant 2003, il suffisait d’avoir un casier judiciaire vierge pour devenir enquêteur : on a vu des chauffeurs de taxi et même une institutrice arrondir ainsi leurs fins de mois».

Violation de la vie privée ou du droit du travail, usurpation d’identité, les abus ont longtemps entaché le métier. La nouvelle licence professionnelle serait un premier pas vers l’obtention d’un statut d’auxiliaire de justice que les syndicats appellent de leurs voeux. «Notre société se judiciarise à l’américaine, justifie Christian Borniche. Le constat d’adultère n’est plus le coeur du métier : nous travaillons à 90% dans le cadre industriel ou commercial, à 9% dans des affaires de coeur, et à 1% pour des contre-enquêtes, à la demande d’avocats.» «Les institutions françaises ont besoin de nous, renchérit Michel Le Forestier. S’il existe un juge d’instruction pour le pénal, ni les avocats ni les huissiers ne sont habilités à enquêter dans les affaires civiles.»

Ce n’est pas l’avis de Joaquin Masanet, secrétaire général de l’UNSA-police, qui dénonce une «profession inutile». «La République offre tous les moyens aux citoyens d’être défendus, estime le fonctionnaire. Les détectives installent une justice à deux vitesses, privilégiant ceux qui ont les moyens de s’assurer une sécurité privée.»


Auteur :
Fanny Capel .
Source : Le Figaro – Le 22 août 2006

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«Le plus important, ne pas se faire avoir» http://www.actulligence.com/2006/03/16/%c2%able-plus-important-ne-pas-se-faire-avoir%c2%bb/ http://www.actulligence.com/2006/03/16/%c2%able-plus-important-ne-pas-se-faire-avoir%c2%bb/#comments Thu, 16 Mar 2006 15:16:51 +0000 Frédéric Martinet http://localhost:8888/actu_migra/?p=296 Entretien avec Christian Harbulot, fondateur de l’Ecole de guerre économique
 
Il est l’un des théoriciens mondiaux les plus influents en matière de guerre de l’information et de ce qu’il appelle «la guerre cognitive». Dans ses thèses, il s’érige parfois contre l’hégémonie nord-américaine et ses détracteurs y voient des prises de position gauchisantes. Christian Harbulot fait néanmoins partie du paysage de l’intelligence économique.

Il est fondateur de l’Ecole de guerre économique. Il enseigne également au MBA d’HEC, à l’Essec et à l’Ecole des Mines de Paris, ainsi qu’au Collège Interarmées de Défense. Il a directement contribué à la création de plusieurs formations universitaires de 3e cycle en IE (Universités de Poitiers, Strasbourg, Lille). Conférencier régulier à l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, il est également directeur associé du cabinet Spin-Partners, qui a remporté au Maroc le marché de mise en place d’un centre de veille stratégique. L’Economiste a jugé utile de partager avec ses lecteurs les idées que cet expert développe depuis plusieurs années vu ses implications géostratégiques. A noter que «les nouvelles formes de la guerre» sera le thème d’un débat que développera jeudi 16 mars, dans le cadre d’un cycle de conférences de L’Economiste, le Général Jean-Louis Dufour. 
L’Economiste: Vous avez beaucoup insisté dans nombre de vos travaux sur le principe de guerre cognitive. Quelles sont les implications de ce concept?

Christian Harbulot: Il y a deux mondes. Le premier favorise l’échange. Il est complètement orienté vers la mondialisation, l’abaissement des barrières douanières. C’est tout ce qui tourne autour de la société d’information, Internet, l’e-commerce et tout le développement de ce qu’on appelle l’immatériel d’une manière générale. Le second, ce sont les rapports de force entre puissances, les jeux d’interférence. Ce deuxième monde, nous le voyons peu et nous avons du mal à le matérialiser. Je prends un exemple: le sommet de l’information qui s’est tenu à Tunis. Un des enjeux de cette conférence fut l’Icann, cette société privée liée au département du Commerce américain et qui attribue des noms de domaines. Certains pays souhaitaient une gouvernance mondiale autour de l’attribution de noms de domaines, justement parce que cette attribution n’est ni gratuite, ni innocente d’ailleurs. Nous avons réalisé que l’Icann n’était pas très pressée d’être dépossédée de ce pouvoir. Et s’il y a pouvoir, la question est de savoir ce que cela rapporte, soit en terme de business, soit en terme d’influence, donc de puissance.C’est bien le problème de fond. Pour illustrer la question du cognitif, je prends l’exemple de l’investissement socialement responsable. Peu de gens savent que les églises évangélistes sont à l’origine de cette démarche. Au départ, tout le monde peut imaginer qu’il s’agit d’une démarche charitable. En réalité, ce n’est pas aussi simple. Au sein du Collège de Défense où j’interviens, un lieutenant-colonel de l’armée britannique nous a produit une analyse que nous avons diffusée d’ailleurs sur le site infoguerre.com.Elle concerne la matrice de l’empire britannique à l’époque de la Reine Victoria. Il y explique le rôle des églises évangélistes britanniques qui étaient un instrument très fort de l’influence de l’empire britannique. A la lumière de ce constat, nous pouvons nous demander si les évangélistes américains, au-delà de leurs fonctions caritatives, ne jouent pas un autre rôle?Autrement dit, lorsqu’on parle d’ISR, il y a, bien entendu, l’investissement mais aussi tout un ensemble de notions cognitives qui ne sont pas simples à appréhender. Nous manquons de recul pour comprendre ce qui se passe. Dans le cognitif, le problème est de savoir qui fabrique les règles, dans quel but? Pour influencer comment et pour tenir le business de quelle manière? C’est un problème qui semble complexe mais qui ne l’est pas tant que cela lorsqu’on y regarde de plus près.

Cette idée de rapports de géostratégique et de rapports de force est difficile à admettre?

l y a un argument marquant qui vous touche déjà dans une partie de votre activité: la Chine. En France, nous disons que l’économie doit toujours avoir deux temps d’avance pour pouvoir se développer par rapport à la Chine. Mais si la Chine nous rattrape, qu’allons nous faire? Il n’y a pas de réponse. Dans le textile, le Maroc est concerné. Un patron marocain m’a confié: «nous ne comprenons pas comment les Chinois peuvent vendre tel produit alors qu’ils ne réalisent pas de bénéfices, vu le coût de la matière première, etc». La Chine est un pays en quête de puissance qui a les capacités de faire un dumping majeur sur les prix alors que les règles économiques ne sont même pas celles qui fonctionnent au Maroc. Dans ce cas, comment faire? Si nous raisonnons par rapport à cet impératif de deux temps en avance, alors la Chine va tout le temps nous rattraper, compte tenu de son énorme capacité à innover, de benchmarking, de copie… Si elle nous rattrape, comment rester compétitifs en respectant les règles du libre-échange? C’est impossible. La réponse commence déjà à venir des Etats-Unis qui mettent des barrières protectionnistes parce qu’une partie de leur secteur industriel ne peut pas résister à la Chine. L’Europe, qui est un ensemble beaucoup plus vulnérable, qui n’a pas d’unité politique, ne sait pas encore le faire. Donc, pour en revenir à votre question, l’argument est de dire: Attention! si vous ne regardez que les règles du business, vous n’allez pas voir arriver des problèmes majeurs. D’autant que derrière la Chine, il y a l’Inde, pays plus discret mais tout aussi important. Si nous pilotons un pays simplement en disant: laissons-faire les hommes d’affaires, car c’est à eux finalement de réussir, je pense sincèrement que ce serait une vision très naïve et très dangereuse.

Et pour les PME, ces enjeux-là semblent plutôt éloignés de leur préoccupation?

Il faut que les pouvoirs politiques soient les initiateurs de cette sensibilisation. Le patron de PME a ses problèmes, il gère son entreprise et n’a pas de temps à consacrer à cela. C’est donc à l’Etat de le faire. Je le reconnais, le problème des éc
onomies émergentes comme le Maroc c’est l’urgence, faire venir les investisseurs. Concrètement, comment piloter cela? Le pouvoir politique doit avoir la capacité de se dire: le développement du Maroc c’est comme pour la France, un travail de court, moyen et long terme. Je vous mets en garde contre ce qui s’est passé en France. D’abord pendant 50 ans, nous avons cherché à faire venir des investisseurs étrangers. Mais lorsqu’ils sont arrivés, nous avons manqué de lucidité. Résultat: soit ces investisseurs prenaient des subventions et quelques années plus tard, repartaient en laissant tout le monde au chômage, soit ils s’emparaient d’une partie de l’économie nationale. Ensuite la France s’est habituée à travailler dans le sillage de l’économie américaine. En fin de compte, nous avons eu du mal à devenir autonomes, à réaliser que les Etats-Unis ne vont pas nous aider à résoudre tous les problèmes, notamment face à la Chine.

Mais est-ce qu’il n’y a pas là un risque de faire marche arrière sur les acquis et principes même de l’ouverture, de l’économie libérale?

Je précise que même aux Etats-Unis, il y a un patriotisme économique. Je pense à un cas qui a été très bien médiatisé en France, l’affaire Gemplus. Il existe un réseau de cadres supérieurs à la retraite qui travaillent bénévolement pour les Etats-Unis. Vous avez bien entendu ce que j’ai dit: réseau de cadre à la retraite qui travaillent gratuitement. Son siège se trouve à quelques centaines de mètres de la Maison Blanche. Dans le cas de l’affaire Gemplus, ce réseau a travaillé très étroitement avec des conseillers de Bill Clinton pour mener une opération visant à récupérer une technologie française particulièrement innovante: la carte à puce. Ce que la France n’a pas été en mesure de protéger ou de conserver. Aujourd’hui, le défi, c’est de concilier entre la stratégie libérale et l’intérêt de son pays. On peut laisser le business se faire, mais cela n’interdit pas une force, celle de l’Etat, qui pour des raisons supérieures à celles du business doit piloter les enjeux économiques. Lorsque les Américains ont compris que les semi-conducteurs étaient systématiquement délocalisés au Japon à la fin des années 70 par le jeu du business et qu’ils se sont rendus compte que ce mouvement allait rendre l’armée américaine dépendante de firmes localisées en Asie, le gouvernement par le biais du Pentagone est intervenu. Les différents patrons des multinationales ont été convoqués et on les a invités à arrêter cela. Là vous avez un pouvoir politique qui oblige un pouvoir privé à intégrer cette notion de puissance économique. Ce n’est pas qu’une affaire de superpuissance. On peut tout à fait imaginer qu’un petit pays puisse se définir par rapport à un périmètre économique qu’il faut absolument préserver. Quels sont ces périmètres économiques dans le cas du Maroc ? Il reste à les définir tout en évitant de tourner le dos au business, aux échanges, à l’ouverture. Il faut être intelligent et comprendre comment ça fonctionne. Et justement la chance dans la guerre cognitive c’est que nous n’avons pas besoin d’avoir d’immenses complexes industriels pour être aussi rusé que l’autre. Dans le cognitif un très faible peut vaincre un très fort.

Raffarin ou Villepin, lequel de ces gouvernements a été le plus sensible aux enjeux de l’IE en France?

Nous commençons à nous poser les véritables questions. Il y a une continuité, mais il y a un changement de ton. C’est la première fois depuis De Gaulle où l’on ose parler de patriotisme économique. Les Etats-Unis et la Chine ont un affrontement direct sur le pétrole et là je cite Alain Juillet qui l’a affirmé lors d’un colloque. Il n’est pas exclu que le jeu spéculatif autour du baril soit une manœuvre indirecte américaine pour faire payer aux Chinois le pétrole plus cher. Et nous, que fait-on pendant ce temps. Alain Juillet répond: «il faut profiter des contradictions des autres». Certes, mais j’ai envie de rajouter si nous n’avons pas une politique de moyen et long termes, ce serait une politique de courte vue. Comment imaginer qu’un pays comme la Chine face à la pression des USA pilote son avenir à court terme? C’est impossible. Donc dans un monde, il y a deux types de pays. Ceux qui ne voient que le court terme. Et il y a les autres, ceux qui voient le moyen et le long termes. Ces pays vont gérer l’échange et les logiques de puissance. Là, je placerais les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, l’Inde, la Russie, la Chine, la Corée du Sud et même des pays plus petits comme la Finlande. J’ai l’impression que ce pays a plus de réflexion stratégique sur ces questions-là que la France. Regardez l’Argentine

Etats-Unis, Chine, Europe… cela semble un combat de puissances dont des pays comme le Maroc sont exclus?

Non, vous êtes concernés aussi. Imaginons qu’un pays ait une manière de division du travail en matière d’agriculture en agroalimentaire. Comment préserver l’originalité de ce que vous faites et de ce que vous avez su faire? L’Argentine était considérée, il y a 40 ans, comme le pays de l’élevage, de la viande. Aujourd’hui, lorsque vous survolez le territoire argentin par avion qu’est-ce que vous remarquez: des centaines de milliers d’hectares jadis consacrés au pâturage sont transformés en champ de soja. Ce ne sont plus les Argentins qui possèdent ces champs, mais les multinationales d’autres pays. Le gouvernement argentin n’a pas eu de politique par rapport à cela. Il a laissé faire. L’agriculture argentine a été réorientée de l’extérieur. Au Maroc, il faut qu’il y ait une prise de conscience sur les priorités: une économie émergente, comment ne pas être vulnérable… Si l’on veut utiliser un langage populaire, le plus important c’est comment ne pas se faire avoir.

Propos recueillis
par Mohamed BENABID
Source : L'Economiste – Le 15 mars 2006

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