Les fonds se diversifient tous azimuts

L’heure est à la diversification. Au commencement, fonds d’investissement rimait uniquement avec prise de participation en fonds propres dans des entreprises. Aujourd’hui, le spectre des interventions s’est élargi, avec un seul mot d’ordre : la récurrence et la stabilité des cash-flows.

Une fois ce critère rempli, les fonds ne sont pas dogmatiques en matière d’investissement. Les actifs immobiliers remportent ainsi actuellement un franc succès. Certains fonds constituent même des véhicules uniquement dédiés à la pierre. Récemment, Doughty Hanson a par exemple levé un fonds spécialisé de 560 millions d’euros. Carlyle, Blackstone, Colony et Eurazeo et même LBO France ont également des fonds dédiés à l’immobilier. Mi-juillet, Blackstone a racheté sept villages Center Parcs à Pierre et Vacances pour environ 630 millions d’euros. Le même jour, Morgan Stanley reprenait les murs de sept hôtels en Europe, dont le mythique Carlton à Cannes, pour le même montant.

Des frontières de plus en plus floues. Les fonds d’investissement ne négligent pas non plus des placements à plus court terme, voire spéculatifs, comme le feraient des hedges funds. Les américains Carlyle, Bain Capital, Blackstone et Texas Pacific Group ont levé des fonds destinés à investir sur le modèle de la " gestion alternative ". Ils ne s’interdisent plus non plus des prises de participation minoritaire dans des sociétés cotées. L’acquisition de participation de 4,5 % de Deutsche Telekom par Blackstone est ici le plus symbolique. Autre piste : de nombreux fonds sont constitués pour investir dans le financement de dette. Ils rachètent des tranches de dettes risquées de type mezzanines ou high yield (haut rendement).

En France, seul Axa Private Equity s’est lancé dans une large diversification de ses métiers. Du capital-risque au fonds de fonds pour les reventes de participations, la filiale d’Axa s’oriente vers le modèle américain " multistratégie ". Et la diversification ne s’arrête pas là. Alors que les fonds sont habituellement consitués auprès d’investisseurs institutionnels, KKR a innové en levant au mois de mai 5 milliards de dollars en Bourse. Quelques jours plus tard, Apollo Management imitait son concurrent en se dotant d’un fonds coté. D’ailleurs, il semble que beaucoup d’autres grands acteurs, comme Blackstone ou Carlyle, étudient ce nouveau mode d’accès aux capitaux. Cette démarche est symbolique, car elle traduit un rapprochement entre le non-coté et la Bourse. Ces dernières années, la Bourse a appris à mieux valoriser les sociétés d’investissement cotées qui opèrent dans le non-coté. Pour preuve, les décotes des sociétés comme Wendel, Eurazeo ou 3i se sont réduites significativement depuis plusieurs mois.

En tous les cas, la frontière entre les fonds d’investissement et la Bourse s’effrite de plus en plus pour laisser les deux mondes converger. D’ailleurs, les rachats de sociétés cotées par les fonds ne cessent de prendre de l’importance. D’autant que les fonds s’attaquent à des groupes de plus en plus chers, quasiment tous cotés. Petit à petit, les grands fonds s’apparentent à des groupes d’investissements diversifiés. " Cette évolution amènera les fonds à muer vers le modèle de gestionnaire d’actifs ", confiait d’ailleurs récemment Maurice Tchénio, président d’Apax France.

Auteur : Matthieu Pechberty
Source : La Tribune – Le 10 août 2006

Aucun commentaire pour le moment.

Laisser une réponse