Bruxelles et la future bibliothèque numérique

Constatant que les États membres traînent des pieds, la Commission européenne les enjoint à redoubler d’effort. Elle déplore un grand manque de concertation et réclame des stratégies communes pour accélérer la mise en place de la bibliothèque.

La Commission européenne craint une dispersion des efforts des États membres consacrés à la création de la bibliothèque numérique européenne. Elle a publié, le 25 août, une recommandation sur «la numérisation et la conservation numérique».

«Actuellement, seule une petite partie des collections des États membres a été numérisée», soulignent les services de Viviane Reding, commissaire en charge de la Société de l’information. «Un effort commun s’impose si l’on veut accélérer [ce processus] et l’accessibilité en ligne du matériel, et atteindre la masse critique nécessaire.»

La CE a fixé des objectifs ambitieux: d’ici à 2008, plus de deux millions de livres et autres œuvres devront être disponibles via cette future bibliothèque; et six millions d’ouvrages d’ici à 2010.

Elle devra fonctionner comme un vaste portail multilingue, à partir duquel les contenus des différentes institutions culturelles seront accessibles. Cela signifie que non seulement les œuvres numérisées par les bibliothèques nationales, mais aussi par les institutions chargées des archives ou par les musées, pourront être recensées via ce portail. Techniquement, la bibliothèque numérique européenne s’appuyera sur un premier projet mené à terme début 2004 et baptisé "The European Library".

Une absence de stratégies et de politiques claires

Après plusieurs consultations, Bruxelles déplore toujours une «absence de stratégies et de politiques claires dans les États membres». Et répète qu’une collaboration au niveau européen est nécessaire pour relever des défis qui vont au-delà de la simple numérisation des œuvres: «coûts, organisation, problèmes techniques et questions de droit d’auteur».

La CE rappelle qu’elle-même s’est déjà engagée à cofinancer des centres de compétences pour la numérisation, et qu’elle ne fournira pas directement de fonds aux bibliothèques nationales pour les aider. Sur ce point, elle compte sur les Etats membres et la mise en place de partenariats public-privé.

Par ailleurs, il est demandé aux différents pays européens de s’échanger plus d’informations sur l’avancement de leurs projets de numérisation. En particulier pour «éviter les doubles emplois, et promouvoir la collaboration et les synergies au niveau européen». Bruxelles réclame également plus d’informations chiffrées, avec des objectifs quantitatifs pour la numérisation des contenus et les budgets alloués par les pouvoirs publics.

La France, pour une fois en élève modèle

Au chapitre technique, les services de Viviane Reding rappellent la nécessité impérative d’utiliser des normes numériques interopérables, afin que les contenus puissent être lus par tous, dans tous les pays. Enfin, ils soulignent que la conservation des contenus publiés sur internet fait partie des impératifs de chaque pays, et qu’à ce titre elle doit être inscrite dans leur législation nationale.

La France, dans ce contexte, fait figure de bon élève: le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a publié une feuille de route pour le projet français en février 2006. Il y estimait que la contribution française à la bibliothèque européenne pourrait atteindre 300.000 à 400.000 documents. Ils seront essentiellement tirés de Gallica, la bibliothèque en ligne de la BNF, «sous réserve que ces contenus soient modernisés, et évoluent en 2006 afin d’être conformes aux standards de visualisation et d’indexation des contenus». Il n’a toutefois pas encore dévoilé le budget public alloué à ce projet.

De même la loi Dadvsi (droit d’auteur et droits voisins dans la société d’information), promulguée le 3 août, prévoit la mise en place d’un dépôt légal de l’internet, géré par l’INA et la BNF.

Auteur : Estelle Dumout
Source : ZDNet France – Le 28 août 2006

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