La curation c’est de la merde

J’aurais pu écrire m€46€, j’aurais pu être subtil, j’aurais pu essayer d’être plus consensuel mais ce ne doit pas être dans mon “ADN” ;) … Mais finalement en utilisant le mot de Cambronne je reste finalement très soft par rapport au fond de ma pensée.

Curation par-ci, curation par-là. On se demande juste si c’est du nez dont on parle ou bien du fond d’un endroit où finit justement souvent la dite matière.

Je ne reviendrai pas sur le terme. En français il est assez laid et en anglais je n’ai même pas envie de savoir d’où il a émergé…

Ne jugeons pas le moine à son habit, allons voir ce qu’il a sous sa soutane…

Car le fond, toi lecteur audacieux qui aura sauté sur ce titre vilement racoleur, c’est ce qui t’intéresse étant donné que tu as de saines lectures.

Continuons donc dans le racoleur en cédant à la manie qui est de compter. Je vais donc énoncer les 5 raisons qui font que la curation est une daube immonde en tout cas à mes yeux.

1) Les plateformes de curation et l’acte de curation en lui même n’apportent rien

Curater (ou curer en fait… Je sais pas…) c’est quoi ? C’est s’abonner à des sources d’information, lire des blogs, des sites webs et sélectionner des passages, des contenus que l’on va agréger dans un même espace.

L’acte de la curation est un acte à très très très faible valeur ajoutée ! La preuve s’il en est : il pourrait être totalement automatisé… Sélection et enrichissement automatisés des sources par mots clés, sélection des passages par keywords in context, et publication. Tout peut être l’acte d’un automate.

Alors certes vous allez répliquer, vous chevaliers blancs de la curation, que l’automatisme n’est jamais aussi pertinent que l’humain, que ce qui est intéressant c’est cette sélection pertinente faite sur mesure, ces possibilités de s’abonner aux contenus d’un autre, mais regardons la réalité en face. Ce n’est pas le cas. Et même si c’était le cas d’autres dispositifs, d’autres solutions existent déjà depuis plusieurs mois voire années qui permettent de faire ça et selon moi de le faire mieux…

Je n’ai pas réussi finalement à trouver une once de valeur ajoutée dans la curation.

La curation est un système de fainéants qui copie colle du contenu, ce qui m’amène au point numéro 2 précisément.

2) La curation constitue une atteinte au droit d’auteur

La curation c’est prendre du contenu à un endroit et le mettre à un autre. Rien d’autre. Or rappelons le, prendre du contenu sans en avoir l’autorisation constitue une atteinte au droit d’auteur. Seul le droit de citation peut s’appliquer mais ce dernier est soumis à un certain formalisme qui n’est jamais respecté sur les plateformes de curation.

Certes les plateformes de curation permettent également de rédiger du contenu, de faire une synthèse d’un article MAIS personne ne le fait car c’est si simple de copier, de rediffuser et de ne pas créer.

En cela les coupables sont multiples :

  • Les internautes qui rediffusent du contenu et qui enfreignent la propriété intellectuelle, qui à leur décharge pour la plupart, ne font pas de business ni d’argent, mais jouent uniquement la carte de la visibilité. Répréhensible mais à partir du moment où vous copiez du contenu issu d’un blog vous risquez tout de même peu de choses si le blog n’est pas professionnel, car dans la plupart des cas, la justice française demande des réparations sur la base du préjudice subi.
  • Les sociétés qui fournissent la solution et qui se rémunèrent sur un modèle publicitaire. Certes ce n’est pas le marchand d’armes qui tire. Pour reprendre la métaphore discutable d’un éditeur de logiciel de veille, certes le vendeur de photocopieuse ne fait pas les photocopies d’oeuvre non autorisées… mais dans le cas présent, et ce malgré le dédouanement lié à l’activité d’hébergeur, il est évident que le business modèle des plateformes de curation est basé sur la monétarisation de l’infraction au droit d’auteur et est donc répréhensible et condamnable.

Cross Reading : Blogueur et auteur : où est le droit ? qui abordait assez largement les problématiques de droits d’auteur et de licence CCommon

3) Les plateformes de curation favorisent le parasitisme économique

Certaines plateformes de curation vont beaucoup plus loin qu’un Twitter qui fait un lien directement vers le contenu original. Certaines plateformes de curation proposent la fonctionnalité “share” de rediffusion sur différents réseaux sociaux en faisant un lien vers la plateforme de curation qui héberge le contenu plutôt que vers l’article original. Il s’agit donc d’une captation de trafic potentiel, et donc de parasitisme économique.

Par ailleurs cela éloigne le lecteur de l’auteur (en termes tout bête de clics mais aussi donc d’identification.)

Finalement plutôt que de favoriser l’exposition du contenu original à travers des mécanismes de partage social, les plateformes de curation favorisent leur propre visibilité en offrant une URL propre aux contenus copiés en gardant leur granularité (j’entends par là qu’on ne pointe pas vers un compte de curateur mais vers le contenu de façon unitaire. Exemple par ici.

4) Favoriser la curation, pour nous les enfants du web, c’est être inconscient

Nous sommes dans une phase d’infobésité. Non ce n’est pas une illusion. Et non elle n’a jamais été aussi forte. Il suffit de comptabiliser les mails reçus, les sollicitations informationnelles, la taille de nos disques durs. Certes les outils permettant d’en faciliter le traitement s’améliorent mais ils sont face à un retard dans leur déploiement, leur prise en main et ils ne sont pas aussi rapides que la croissance de l’information.

Par ailleurs l’Univers dans lequel nous évoluons est fini. Les disques durs que nous produisons, l’énergie que nous utilisons pour stocker cette information : tout cela nécessite de vraies ressources en biens, en matières premières, en énergie et malheureusement l’information aujourd’hui a tendance à atteindre des taux de croissance dont la courbe frise la verticalité allant à l’encontre du Monde fini dans lequel nous évoluons.

Favoriser l’utilisation de solutions qui n’apportent rien à la gestion de l’information et qui profitent des technologies de l’information pour démultiplier l’information à l’infini c’est être coupable de conduire à l’effondrement d’un système qui est basé sur un fonctionnement proche des pires pratiques de la finance.

J’espère par ailleurs que les business angels ne s’y tromperont pas et ne valoriseront pas des entreprises dont le business model est basé sur un terrain extrêmement malsain à mon sens.

5) La curation c’est noyer l’information

La curation ne favorise pas l’accessibilité du contenu. Non. Les mécanismes sociaux intégrés à la plupart des plateformes de curation sont aussi minces que la ficelle d’un string… et par ailleurs là encore ils s’appuient sur d’autres solutions de réseaux sociaux qui ont construits et inventés des mécanismes si ce n’est innovants, relativement complets de management en ligne de ses relations sociales.

A l’heure où Google jongle afin de préserver la qualité de ses résultats, il faudrait se poser la question de savoir dans quelle mesure tous ces mécanismes que nous alimentons ne contribuent pas à rendre l’information que nous rechercherons inaccessible.

Au lieu de se chercher des excuses en disant : “oui mais il y a déjà trop d’information, il faut passer par une segmentation du web par grappe sociale pour y avoir plus facilement accès” il faudrait plutôt se dire que nous sommes en train de soigner la peste avec une souche de choléra.

Finalement aujourd’hui je trouve surprenant de trouver des professionnels de l’information qui ont parfois milité pour le partage de la création sous forme de licence CCommon et ne se préoccupent même plus de savoir (pour certains) s’ils n’enfreignent pas les CCommons.

Conclusion

Il me semble aujourd’hui vital de revenir à un modèle plus sain et plus raisonné de partage de l’information. Regardons nous dans le miroir et demandons nous ce que nous apportons en rediffusant de l’information. Je pense que si nous n’avons rien d’intéressant à dire, à publier il vaudrait mieux nous abstenir de rediffuser en tout cas sous la forme de ce que proposent par défaut les plateformes de curation.

Continuer dans cette voie, spolier le contenu d’auteurs qui donnent de leur temps, leur piquer du trafic c’est appauvrir ce qui fait la richesse d’un Web que des auteurs bénévoles pour nombre d’entre eux.

PS : pour ceux qui voudraient m’accuser de participer à ce mouvement, j’assume : j’ai testé Scoop.it et paper.li et dès publication de ce billet je m’en vais de ce pas supprimer ces comptes. Il faut bien savoir de quoi l’on parle.

Par ailleurs j’estime à ma manière essayer de contribuer à la création de valeur sur le Web et si j’en juge par les débats de ces derniers jours je me dis que c’est une ligne de conduite de laquelle je ne devrais pas dévier car la richesse, la réflexion,  la participation favorise l’enrichissement, le partage et la création. Ce qui n’est certes pas le cas de la curation.

Crédit photo : http://tribulations-lambda.over-blog.com/article-5454220.html (enfin disons que je l’ai trouvé à cet endroit la photo…)

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123 Réponses à “La curation c’est de la merde”

  1. Bernard 17 mai 2012 à 23 h 04 min #

    Moi, je crois tout simplement que les outils/techniques de curation peuvent apporter de la valeur ajoutée ou être du spam, de même qu’un blog ou un forum peut apporter de la valeur ou être du spam.

    Cela dépend de la démarche adoptée.

    Dans le cas de la curation, pour apporter de la valeur ajoutée, le curateur doit fournir à mon avis un travail assez important de lecture, de surveillance, de sélection et de commentaire.

    Je ne pense pas qu’un bon curateur aurait moins de travail qu’un bon blogueur, mais ce n’est pas le même travail.

    • Tomate Joyeuse 21 mai 2012 à 22 h 30 min #

      tout dépend de quel outil de curation, on parle.

      A partir du moment où certains comme Scoop it favorise une curation automatique d’articles vers d’autres blogs (tels que Thumblr ou WordPress), c’est là que le bât blesse.

      Les outils de curation devraient avoir un outil qui interdit la reprise des articles (comme Pinterest)

      Les outils de curation s’avèrent très utiles mais ils ne doivent pas nuire au référencement de l’auteur original Ce genre d’outils s’avère utile mais pas au détriment du référencement de l’article de l’auteur original.

      Maintenant les “curateurs” se contentent de tout partager automatiquement sur blogs, facebook, twitter.. cela contribue au référencement de Scoop it mais pas de l’auteur du blog.

      Et si certains curateurs se mettaient à l’ouvrage ? “Travaillez, prenez de la peine: C’est le fonds qui manque le moins. ” comme dirait La Fontaine.

  2. Landry 26 janvier 2013 à 11 h 34 min #

    Bonjour

    Et dire que c’est grâce à Scoop.it que je suis tombé sur votre article :) )

  3. ARebié 11 juin 2014 à 13 h 13 min #

    Je pense comprendre votre point de vue.

    Et je partage entièrement celui de Bernard qui différencie le “rôle” ou métier du curateur et du blogueur.
    Les blogueurs sont à la source de la curation, il est important de les respecter.

    D’accord, Scoop it, à travers sa fonction de partage vers d’autres réseaux, génère du trafic vers son site. Mais au final, si on veut lire l’article, nous sommes obligés de venir sur le blog.
    J’utilise Scoop-it depuis 3 ans et je n’ai toujours pas trouvé comment lire un article en entier sans passer par la source….

  4. Fashandy 12 juin 2014 à 9 h 29 min #

    Frédéric, si tu ne veux pas qu’on te cure, le plus simple c’est de ne même pas écrire ! Et d’enlever les boutons de partage sur les réseaux sociaux…

    En tout cas cet article est un bon trollage pour récolter des scoop.it

    • Frédéric Martinet 2 juillet 2014 à 10 h 31 min #

      Je n’ai jamais cherché à capter du trafic venant de Scoop.it et accessoirement du trafic de si piètre qualité et au taux de conversion si faible m’intéresse peu. Accessoirement j’écris depuis 2001 maintenant et je ne compte pas m’arrêter d’écrire à cause de parasites. Quand aux boutons de partage sur les réseaux sociaux, c’est moi qui les ai mis et pour le coup je considère qu’eux apportent des choses et que leur positionnement est plutôt sain par rapport aux éditeurs de contenus.

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