Intelligence économique à la sauce anglaise

Il y a plusieurs mois maintenant de cela j’ai travaillé à la mise en ligne d’une partie du site Actulligence en anglais. Ce travail a été l’occasion de se poser de longues questions sur la traduction des quelques mots clés que nous utilisons pour parler de notre métier.

Je vous livre ci-après mes réflexions  qui sont tirées des discussions que j’ai peu avoir avec mon traducteur et qui sont également tiré de mon observation personnelles des discussions sur les groupes en anglais. Elles comportent peut-être des erreurs et du coup je vous propose de ne pas hésiter à y apporter des ajouts en commentaires. Je serai ravi d’intégrer les plus pertinents dans une mise à jour de ce billet.

Intelligence économique :

Le terme intelligence économique est complexe à traduire à bien des égards. Tout d’abord il lui a souvent été reproché, y compris par ses plus “illustres” représentants, (les guillemets sont importants hein…) tels que Bernard Carayon ou bien encore Alain Juillet, de n’être qu’un néologisme basé sur le terme anglais intelligence auquel on aurait rajouté le mot économique. Nous n’allons pas refaire l’histoire quoiqu’il en soit mais force est de constater que l’on trouve peu d’équivalents en anglais du terme intelligence économique. Tout d’abord cela tient à la spécificité française de l’intelligence économique qui accorde une place importante au texte alors que nos amis anglais eux se focalisent sur les aspects mesurables, chiffrés de l’analyse concurrentielle.

Le terme anglais le plus proche du mot “intelligence économique” semble donc bien être en anglais le terme competitive intelligence. C’est clairement sous ce terme qu’il faudra donc chercher des solutions logicielles, des prestataires de service ou bien des consultants qui oeuvrent dans ce secteur.

On constate par cette traduction toutefois que la version anglaise du terme occulte les aspects environnementaux ou technologiques pour se concentrer sur les concurrents. C’est là encore à mon sens une spécificité de l’intelligence économiqeu à la française qui envisage une internalisation des services de veille technologique ou juridique ou autre alors que les anglophones sous-traitent sans doute plus facilement cette partie de la veille.

Accessoirement on pourra voir apparaître d’autres termes proches en anglais mais moins couramment utilisés tels que Market Intelligence ou Strategic watch. Encore plus rarement le terme Economic Intelligence peut être rencontré en anglais mais il s’agit là probablement d’une traduction littérale du terme intelligence économique.

Le terme BI pour Business Intelligence est un terme très usité en anglais. Toutefois ce terme, bien que pouvant sembler cohérent pour traduire Intelligence Economique, est un faux ami. Aujourd’hui le terme BI est massivement utilisé pour décrire les outils décisionnels et les techniques et outils de data mining, de data warehouse et de reporting. Si certains des outils de Business Intelligence du marché intègrent des modules de text mining se rapprochant ainsi de la pratique de l’intelligence économique à la française, ils constituent une part mineure des usages fait des outils de BI. Mettre Business intelligence sur son CV c’est courir le risque de passer pour un as du traitement de la donnée chiffrée de masse et de son exploitation et de faire un contresens. Attention, et que l’on soit clair, je n’ai pas dit que la BI n’avait aucun intérêt pour la pratique de l’intelligence économique ! Bien au contraire.

Logiciels de veille :

Là encore ce terme nous a posé pas mal de soucis lors de la traduction. Le principal problème vient de la faible utilisation du mot “watch” pour définir les activités de veille en anglais. Pour essayer de trouver la meilleure traduction je suis parti des éditeurs de logiciels de veille que je connaissais et j’ai regardé un petit peu les méta blaises qu’ils utilisaient.

J’en suis arrivé à sélectionner deux expressions malheureusement un peu longues mais qui me semblent les plus correctes et compréhensibles en anglais.

La première est “website changes tracking softwares” , longue, rébarbative mais qui ne souffre d’aucune ambiguïté.

La seconde est “Internet Monitoring Software”. Toutefois cette expression est beaucoup moins satisfaisante. En effet, en anglais, cette expression est utilisée pour définir les logiciels qui contrôlent et filtrent l’accès à Internet et surveille également l’activité des employés. Elle ne devrait pas être utilisée sans explication complémentaire ou sans d’autres mots clés permettant de détailles.

On pourra éventuellement utiliser Competitive Intelligence Software MAIS on sort dans ce cas là du crawler / logiciel de veille à la française. Il faut savoir que les CI softwares à l’anglaise sont souvent dépourvus de crawlers si ce n’est des choses assez simples permettant d’agréger du RSS.

L’expression “Website monitoring” est à exclure. En effet, le terme monitoring en anglais est associé régulièrement aux “paramètres vitaux” or l’expression website monitoring en anglais est majoritairement utilisée par des logiciels qui vous avertissent par email ou autre moyen lorsqu’un serveur web ou un site web tombe e panne ou souffre de dysfonctionnements.

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6 Réponses à “Intelligence économique à la sauce anglaise”

  1. Jean Baptiste Mac Luckie 25 septembre 2012 à 10 h 01 min #

    Article intéressant, car c’est vrai que la traduction des termes spécifiques du français à l’anglais pose souvent problème. Etant donné que je souhaite trouver un stage au Royaume-Uni, je me suis retrouvé face à ce problème pour créer mon CV, puisque watch / monitoring et intelligence sont utilisés en anglais pour décrire l’activité de veille et c’est ce qui pose problème.
    (exemple pour “veille technologique”: http://www.linguee.com/english-french/search?source=auto&query=veille+technologique)

    Est-ce que ce n’est pas parce que l’intelligence économique est bien une “spécificité à la française” et que les anglo-saxons ont une vision différente de la CI ?

    • Frédéric Martinet 26 septembre 2012 à 21 h 58 min #

      Comme précisé dans mon billet il y a clairement une vision anglophone de la “veille” orientée chiffre et française avec un attachement au texte. De fait la matière veillée et les outils ne sont pas les mêmes et le vocabulaire différent avec des difficultés de traduction qui peuvent donc être complexes à lever.

  2. Michel Roussin 26 septembre 2012 à 19 h 19 min #

    Bonsoir Frédéric

    un ami anglais et moi, avons abordé il y a 3 ans, le thème de ton post

    Nous nous rejoignons sur de nombreux aspects

    Pourquoi ne pas approfondir ensemble ?

    Bien à toi
    Michel Roussin

    • Frédéric Martinet 26 septembre 2012 à 21 h 56 min #

      Bonjour Michel,

      Ca faisait longtemps :)

      Bon moi tu sais quand un homme me propose d’approfondir les choses ensemble je suis toujours circonspect :)

      Plus concrètement ça veut dire quoi approfondir les choses ensemble et comment ?

      Sinon comme précisé dans le billet les commentaires sont ouverts et je me ferai un plaisir de rajouter des éléments si intéressants à mon billet en mentionnant bien sur l’auteur.

      Bien à toi,

      Frédéric

      PS : rassures moi, tu as mes coordonnées ?

  3. Hélène Scuiller 13 février 2013 à 16 h 09 min #

    Bonjour,

    Je viens de lire votre article et je le trouve très intéressant.

    Quand j’ai commencé à travailler dans la veille 2001), mes collègues américains et japonais étaient d’accord pour appeler cela “business intelligence”. Je retrouve de plus en plus de référence à “competitive intelligence”.

    Quant aux logiciels, j’aurais tendance à utiliser “(web) tracking tools”.

    Bonne soirée et merci encore pour cet article

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  1. Etudier l’intelligence économique, un choix tourné vers l’avenir | Jean Baptiste Mac Luckie - 11 octobre 2012

    […] L’intelligence économique, dans son acception française, est d’abord une discipline « récente » puisque formalisée par le rapport Martre en 1994 et, bien qu’elle existe depuis plus longtemps chez nos homologues américains sous le terme « competitive intelligence », l’intelligence économique adopte une perspective différente. Pour approfondir ce décalage sémantique je vous conseille l’article de Frédéric Martinet « Intelligence économique à la sauce anglaise« . […]

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